Hôpital neuchâtelois: il faut reprendre la réflexion!

Le PDC neuchâtelois tient à exprimer son point de vue sur l'évolution du dossier Hôpital Neuchâtelois. C'est un dossier difficile, nous en convenons, qui implique des réformes impopulaires, ici comme ailleurs. Les ministres de la Santé ont souvent été déboutés. L'hôpital neuchâtelois apparaît comme un "casse-tête neuchâtelois". Les avis sur le projet sont partagés dans la population. Nous savons que le choix implique deux niveaux différents : la réalité économique et la solidarité cantonale. Le 22 décembre, le Conseil d'Etat a choisi. Il a opté pour préserver un site chaux-de-fonnier complet.

Le plan du Conseil d'Etat s'écarte résolument du tout récent plan stratégique demandé à Hôpital neuchâtelois (31 octobre 2011). Nous étions déjà frappés que ce dernier n'avait fait jusque là l'objet d'aucune discussion publique et qu'il n'avait pas tenu compte des lignes de consensus dessinées aux Etats Généraux de la Santé, le 24 octobre 2009. Il nous est surtout apparu comme un nouveau bricolage sur la répartition des sites: à Neuchâtel, le pôle mère-enfant et l’appareil locomoteur initialement prévu à La Chaux-de-Fonds, en coopération avec La Providence; à la Chaux-de Fonds, l'oncologie et le maintien du doublon Haut et Bas pour les soins aigus et somatiques, avec un bloc opératoire neuf pour les courts séjours et l'ambulatoire. Il est par ailleurs plus un catalogue qu'un plan structurel et il est, de plus, bien mal lisible.

Le plan du Conseil d'Etat est une nouveauté radicale, qui n'avait pas été sérieusement envisagée dans les multiples cercles où se débat l'avenir d'Hôpital neuchâtelois: son choix est de maintenir deux sites complets. Or les normes actuelles indiquent qu'un hôpital de qualité doit être prévu pour une population minimale de 200.000 habitants, les interventions chirurgicales complexes étant par ailleurs concentrées dans les hôpitaux universitaires. De plus, nous savons tous que l'ouverture des frontières cantonales en matière d'hospitalisation au 1er janvier 2012 mettra en concurrence Neuchâtel avec les hôpitaux voisins d'Yverdon et de Bienne, bien rénovés. Mais ce plan provoque surtout chez chacun une surprise de taille: la chirurgie monterait purement et simplement à La Chaux-de-Fonds. Les travaux d'aménagements y ont d'ailleurs déjà commencé. Le Dr Rémi Schneider, médecin-chef du département de chirurgie d'Hôpital Neuchâtelois, dans une interview sur les ondes de la RSR le 28 décembre, a clairement et posément montré la chimère financière et architecturale que serait la création à neuf d'un tel centre de chirurgie thoracique et abdominale: il serait coupé des pneumologues et autres spécialistes oeuvrant sur le Littoral. L'hôpital de La Chaux-de-Fonds est, en outre, situé loin de la sortie de l'autoroute ainsi que de la gare, départ du projet de TransRun.

Malheureusement pour l'équilibre cantonal, important sur le plan humain comme politique, nous devons nous aussi admettre qu'il n'y a pas d'autre solution qu'un site unique à Neuchâtel. Le plan de développement de Pourtalès avait d'ailleurs prévu d'emblée d'ajouter progressivement, selon les nécessités, jusqu'à cinq étages et d'utiliser son arrière-terrain. Il ne manquerait qu'une voie rapide pour les ambulances qui sortent de l'autoroute à La Maladière.

Le site dans le Val de Ruz, dont le PDC se trouve le héraut depuis toujours, avait été écarté au profit de Pourtalès. C'est dommage, car son accessibilité par l'autoroute et, à terme, par le TransRun était intéressante. A cet égard, chaque citoyen et politicien a son opinion sur ce moyen de transport: nous avons tous lu, il y a peu, un article sur une adaptation mineure du tracé de ce que l'on pourrait appeler, depuis le temps, le serpent des montagnes. Aujourd'hui, hélas, nous considérons que le site unique en 2022 évoqué dans le plan stratégique d'Hôpital Neuchâtelois est un mirage, sinon un leurre.

Sur le plan stratégique, Mme Gisèle Ory vise à rendre caduques trois initiatives populaires. L'article de Serge Jubin dans Le Temps de mardi 27 décembre 2011 ("Gisèle Ory, la ministre obstinée qui a politisé les enjeux hospitaliers") rappelle que l’une exige la centralisation de la maternité à Neuchâtel, une autre l’équilibre entre les hôpitaux de Pourtalès dans le chef-lieu et de La Chaux-de-Fonds, la troisième réclamant un troisième hôpital de soins aigus au Val-de-Travers. La maternité, rappelle le journaliste, n’a pas été centralisée à La Chaux-de-Fonds, après la mobilisation des pédiatres. Rien n’indique que ce plan-ci deviendra réalité. Les médecins et chirurgiens pourraient aussi jouer d'arguments et de leviers décisifs. D'ailleurs le coach financier du canton, Francis Randin, a démissionné. Marc-Etienne Diserens, ancien chef du Service vaudois de la santé publique, a suivi, écrit Pascal Hofer dans L'Express-L'Impartial du 24 décembre. Gisèle Ory s'était déjà séparée, il y a deux ans, du président du conseil d’administration d’Hôpital neuchâtelois, de son directeur et du chef du Service de la santé publique. Nous rendons le public attentif: nous ne croyons pas que nous échapperons à un référendum ou à une initiative cantonale sur ce plan.
A ce point, les citoyens ne voient pas où l'on va. On entend à nouveau: mais que diable fait notre conseil d'Etat ? Les Montagnes vont se mobiliser, elles le font déjà au PDC. Le débat au Grand Conseil amènera des amendements, mais pas nécessairement un arrêt du plan. C'est dès cette rentrée 2012 que le débat sera lancé, d'autant que les implications sont évidentes pour les élections communales de mai.

Une issue existe pourtant selon nous: de nouveaux Etats généraux, qui se réuniraient pour étudier les lignes directrices d'un plan à long, moyen et court terme présenté par les autorités, avec des variantes de choix possibles en fonction des coûts.